« La seconde vie » de Jinmiao :

Lolita

     En une froide journée d’hiver, les flocons de neige dansaient dans l’air avant de recouvrir
avec douceur la ville d’une robe blanche. Les élèves d’Avalon High attendaient avec fébrilité la sonnerie annonçant le début des vacances pendant que le professeur d’histoire, M. Orthon, s’attardait sur les effets de la guerre de sécession au niveau de la société américaine. Cependant ils n’étaient pas les seuls à être perdus dans leurs projets de vacances et les messages qu’ils s’envoyaient entre eux, hormis le fait que dans mon cas, ce n’était pas vraiment pour les mêmes raisons. J’observais le ballet offert par ces petites particules blanches, et gribouillais avec mélancolie quelques uns sur mon carnet de note. Les vacances, je me demandais pourquoi ils attendaient avec tant d’impatience ces vacances de Noël. Comme toutes les autres années, les profs vont sûrement nous assaillir de devoirs de telle manière qu’on n’aura même pas le temps de nous divertir. En outre les venues de la famille pour les fêtes de fin d’année desquelles on ne pourrait se
dérober, aussi ennuyeuses soient-elles. Vous vous demandez sans doute pourquoi j’ai une vision aussi néfaste de noël ou tout simplement de la vie… Et bien je vais vous dire pourquoi, mais aillez un peu de patience, je vais d’abord me présentez. Peut-être que vous comprendriez mieux si je ne m’attarde pas dans une explication trop assommante. Mon nom est Lolita Pelwisky, dix sept ans. Je vivais seule avec une mère, bien trop occupée dans son travail pour se soucier de moi, dans un loft de New York depuis que mon père était décédé d’une crise cardiaque deux ans auparavant.
J’étais une fille plutôt normale, ne faisant partie ni des élites du lycée ni dans le groupe des loosers. Un peu trop normale à mon avis. Et oui, j’étais si ordinaire que personne ne me remarquait, que ce soit au lycée ou à la maison. J’aurais beau disparaître en plein milieu de la nuit, ou bien lors du dîner du réveillon de Noël par exemple, personne ne s’apercevra de mon absence. Si banale que j’avais l’impression d’être un fantôme aux yeux de tout le monde, excepté quand j’étais avec Michael, mon meilleur ami mais également le garçon pour qui je craquais en secret depuis la sixième. Bien que nous nous connaissions depuis la maternelle, je ne lui avais jamais avoué mes sentiments à cause de ma timidité mais aussi de peur que cela puisse détruire notre amitié à tout jamais.

      La sonnerie retentit enfin. M. Orthon essaya de nous rappeler que nous avions à rendre
une dissertation pour la rentrée mais tout le monde se précipitait déjà hors de la salle, ne manquant pas de me bousculer bien sûr ! J’attrapai mes affaires et les glissai dans mon sac avant de rejoindre Michael qui m’attendait près de la porte.

« – Ça va ? Tu as une mine horrible, s’inquiéta Michael.

– Mhm, ne t’inquiète pas je suis juste un peu fatiguée.

– Tiens, dit-il, en me tendant un de mes bonbons préférés à la menthe qu’ il a toujours sur lui pour me réconforter alors
qu’on montait dans le bus.

– Merci, mais ça sera de ta faute si j’ai du diabète. Tu en auras sur ta conscience tout ta vie, plaisantai-je.

– Ça te dit de passer chez moi ? On pourrait finir le film qu’on avait commencé l’autre jour…

– J’aurais bien aimé, mais j’ai promis à ma mère de rentrer tout de suite après les cours pour l’aider à décorer la maison
pour noël… Elle tient vraiment à ce que tout soit prêt avant l’arrivée de mes grands parents demain…

– Ok, pas de problème. »

En arrivant dans l’appartement où l’on vivait, je ne découvris finalement qu’un mot laissé par ma mère.

Coucou ma chérie,

Mon patron m’a appelé pour une réunion importante tout à l’heure. Je suis vraiment
désolé pourrais-tu t’occuper des décorations de Noël et des courses pour demain ?

Merci et à ce soir,

Maman

 

Je me retrouvais ainsi à décorer le sapin de noël toute seule, après avoir mis deux heures à faire
les courses, puis à placer les guirlandes et les boules de toutes les couleurs sur le sapin, je m’apprêtais enfin à accomplir la dernière étape des préparatifs : placer l’étoile sur le sapin de plus de deux mètres de haut. Etant donné que je n’étais pas très grande, je pris une chaise. Soudain, quelqu’un sonna à la porte. Je descendis de la chaise et marcha sur une boule de noël qui me fit basculer en arrière. Ma tête heurta une marche de l’escalier. Une douleur horrible survint au niveau de la tête et je me retrouvais dans le noir total.

Je ne savais plus depuis combien de temps j’étais allongée ici. Ma tête me faisait encore super mal.
Est-ce que maman était rentrée depuis ? Quelle heure était-il ? J’essayais d’ouvrir les yeux pour voir l’heure, mais en vain, mes paupières étaient trop lourdes pour que je les soulève.
J’entendis une voix si douce chantonner à côté de moi. Cette somptueuse mélodie me donnait l’irrésistible envie de découvrir la personne qui se cachait derrière. Lorsque je réussis enfin à entrouvrir les yeux, je ne vis que des taches floues mais subitement je retrouvais ma vue.

   Je me trouvais dans une chambre recouverte de murs aussi blancs que la neige. Elle n’était pas meublée mis à part le lit à baldaquin sur lequel j’étais allongée, tout aussi immaculé que le reste de la pièce. Quand je surpris un jeune homme assis sur le fauteuil en cuir du salon. Il portait un ensemble noir avec une chemise ouverte au niveau du col et qui laissait apparaître un torse musclé. Ses cheveux bruns retombaient sur ses épaules lui donnant ainsi un air rebelle.  Je ne dirais pas non plus qu’il fût le plus beau garçon que je n’avais jamais vu. Bien que mon cœur était déjà pris par Michael, je devais avouer qu’il était très séduisant quand je le vis absorbé dans sa lecture. J’hésitais à l’interrompre.

   « – Où suis-je ? Demandais-je timidement, alors que j’avais repris totalement mes esprits.

– Ah ! Tu t’es réveillée, dit-il avec un sourire à faire tomber toutes les filles du lycée. Je me demandais justement
combien de temps tu allais dormir encore.

– Qu’est ce que je fais ici ? Qui êtes-vous ? Où suis-je ?

– Calme-toi, je vais t’expliquer. Je m’appelle Will. On peut se tutoyer tu sais…

– Bon Will, qu’est-ce que je fais là ?

– Mhm, oui puisque tu le demande aussi gentiment. Est-ce que tu te rappelles encore des dernières choses que tu
faisais ?

– Oui. J’étais en train de décorer le sapin puis j’ai entendu quelqu’un sonner…

– Et tu es tombée en te cognant la tête contre une marche de l’escalier, me coupa-t-il. Je ne suis pas très doué pour
annoncer ce genre de chose donc je vais y aller franchement, d’accord ?  Si tu es là, c’est parce que tu es morte et…

– Quoi, Morte ? C’est impossible ! M’écriai-je, prise de panique. Comme tu peux le constater je suis en pleine
forme ! Je ne peux pas être morte, c’est tout simplement impossible!

– Calme-toi, m’ordonna-t-il avec une autorité qui me surprit et me fit taire. Si tu es toujours là, c’est tout simplement
parce que quelque chose ou quelqu’un te retient encore sur terre, dans le monde des mortels, et qui fait de toi un fantôme. Pour passer dans l’au-delà, tu dois trouver ce que c’est…

– Tu te moques de moi ? Tout ceci n’est qu’une blague ? Nous sommes filmés, c’est çà ? L’interrompais-je
incrédule. Et puis, il est hors de question que j’aille dans cet « au-delà » dont tu parles je suis encore jeune et pleine de vie. J’ai encore beaucoup de choses à vivre…

– C’est justement pour cela que tu es encore dans ce monde. Tu dois trouver la dernière chose que tu as à faire avant de
quitter les vivants et passer dans l’au-delà que tu le veuilles ou non. Bon, il est temps qu’on y aille.

– Où ça ?

J’eu à peine le temps de finir ma phrase que nous nous trouvions déjà dans le hall d’Avalon High.

– Il faut que je te laisse. J’ai un cas difficile à m’occuper. Je repasse te voir plus tard. En attendant cherche ce qui te
retient ici.

– Attends ! Dis-je mais il s’était déjà volatilisé.

Je me retrouvais ainsi à me balader dans mon lycée sans que personne ne puisse me voir… C’est
à ce moment là que je me sentis encore plus comme un fantôme. A la seule différence que maintenant, je l’étais vraiment. Je ne savais pas par où commencer. Devais-je passer voir ma mère à son boulot ? Non ! Michael était beaucoup plus important, il fallait absolument que je le visse. A cette heure-ci, il devrait être en cours  de maths. Je me précipitais alors. Le cours se passait comme lorsque j’étais encore là, tout le monde était toujours aussi dissipé. Cependant Michael était différent. Ses cheveux étaient beaucoup plus courts et se dressaient de manière rebelle sur sa tête comme s’il ne s’était pas coiffé depuis des siècles. Sa mine affreuse, aussi pâle qu’un mort, et les poches sous ses yeux étaient si grandes qu’on aurait cru voir un zombie.
Seul à sa table, il observait paresseusement l’extérieur. Le voir ainsi me poignarda le cœur. Est-ce que ma mort qui l’a rendu ainsi ? Si je ne suis pas passé dans l’au-delà, est-ce pour le sortir de cet état ? Les questions se bousculaient dans ma tête sans trouver réellement de réponse. Une seule chose était sure, il faut que je retrouve le Michael d’avant ; Mais
comment ?

Avant que je puisse trouver une réponse la cloche sonna et les élèves se précipitèrent vers la sortie. Je décidai alors de le suivre afin de comprendre ce qu’il se passait. En arrivant devant la grande porte rouge donnant sur la cafétéria, je ne pus m’empêcher de prendre une grande inspiration avant de pénétrer dans cette salle immense. Durant cette fraction de seconde, je me demandais comment serait cette salle et les personnes qui étaient là, selon le point de vue d’une
personne que nulle ne peut voir. Mais je fus très vite déçue. Rien n’avait changé depuis mon départ subit, tout était pareil. Tom Taylor, capitaine de l’équipe de foot, était assis avec ses acolytes et les pom-pom girls à la même table et le club d’échec à l’autre bout de la salle. Pendant que je parcourais de vue la salle, ce que je redoutais le plus se produisit. Ashley Miller, ma pire ennemie entra dans la salle, suivie de sa bande de chipies. Elle jeta un coup d’œil dans la salle et ses yeux aussi bleus que l’océan se posèrent sur moi, un frisson me parcourut.
Je crus un instant qu’elle pouvait me voir. Ce fut en la voyant tourner les talons et se précipiter en direction des toilettes, le teint blême, que je compris que quelque chose d’anormal venait de se passer. Je me lançais alors à sa poursuite. Je voulais à tout prix vérifier ce que je venais de découvrir.
Comme prévu, je la trouvai dans les toilettes. Elle se mouillait abondamment le visage  sans tenir compte de son maquillage. Ce qui fut assez surprenant, vu qu’elle était le genre de fille à faire un scandale si elle avait ne serait-ce qu’un petit bouton qui lui apparaissait sur le front. Elle semblait, comme tous les autres, ne pas remarquer ma présence. Mais c’était une grosse erreur. Elle s’arrêta subitement et leva la tête dans ma direction.
« – Je n’ai pas peur de toi si tu veux savoir, me lança-t-elle, comme si de rien n’était. Cependant sa voix la trahissait et laissait apparaître une certaine angoisse. Pas plus maintenant
qu’avant.
– Ah oui ? Tu trouves normal de bavarder comme ça avec un esprit ? Répondis-je, ne pouvant m’empêcher de sourire.
– Qu’est-ce que tu me veux ?
– Je veux que tu m’aides à…
– Moi, t’aider ? M’interrompît telle. Et qu’est ce que je gagnerais en retour ? Ton petit coup sur la tête t’as fait perdre la mémoire ou quoi ? Veux-tu que je te rappelle que tu
es ma pire ennemie depuis le CP ?
– Et bien je dirais que tu gagnerais peut-être la chance d’aller au paradis plus tard, dis-je ironiquement, mais vu comment tu es partie c’est pas gagné d’avance ! »
Contre toute attente, elle ne répondit pas à ma provocation. Elle tourna la tête, franchit la porte des toilettes et se précipita vers le parking. Surprise par le fait qu’elle puisse me voir, je me convainquis facilement qu’il fallait que j’enquête plus sur ce qu’il venait de se passer, malgré ma réticence envers cette fille. La seule personne qui puisse me renseigner, c’était Will. Mais où le trouver ?

Ashley

« – Qu’est-ce qui vient de se passer ? Non, ce n’est pas possible ! Ça ne peut être qu’un rêve…Les fantômes
n’existent pas… Je dois être en train de divaguer, essayai-je de me convaincre, tout en faisant les cents pas dans ma chambre. Calme-toi, calme-toi, me répétai-je. Lolita Pelwisky est décédée dans un accident, il y a trois mois, chez elle après un choc cérébral. Elle ne peut pas être en vie ! C’est insensé…
– La vie est insensée de toute façon, me répondit une voix que je ne connaissais que trop bien et qui me fit sursauter.
– Comment es-tu entrée ?! J’avais pourtant fermé la porte à double tours…dis-je essayant de ne pas paraître troublée par sa présence.
– Je sais, mais tu oublies que je suis un esprit, crétine ! répliqua-elle en s’asseyant sur mon lit. »

Je ne comprenais pas pourquoi je pouvais la voir et si j’étais la seule ou non. Tout ce que je savais, c’est que je voulais m’éloigner d’elle à tout prix. Enfin… jusqu’à ce que j’eu une idée fulgurante. Je pourrais bien me servir d’elle pour m’aider à garder mon poste de reine du lycée. Et cette peste de Rosy Smith ne pourra jamais le devenir malgré toutes ses
manigances.
« – Tu as bien dit tout à l’heure que tu avais besoin de mon aide n’est ce pas ? Et bien je te propose un pacte. Tu m’aides à mettre la nouvelle hors de mon chemin et je t’aide à régler ton problème.
– Hm, je vois tu crains qu’elle ne vole ta place de reine du lycée. Je ne savais pas que tu avais aussi peu confiance en toi…
– Ferme-la, l’interrompis-je. Tu veux mon aide oui ou non ?
– Bon ok, j’accepte ta proposition.
– Le bal de printemps se déroulera dans un mois. Tu dois faire en sorte de l’humilier et qu’elle ne soit pas élue.
– Bien ! Et toi ? Tu dois m’aider à sortir Michael de l’état où il est, et de t’arranger pour qu’il redevienne comme avant. Compris ? Sinon je ferai tout le contraire de ce que tu
attends de moi. Et je te hanterai jusqu’à la fin de ta vie.
– Bon, maintenant laisse moi j’ai besoin de me reposer… »

Avant que je ne puisse finir ma phrase elle s’était déjà volatilisée. Prise par une fatigue insoupçonnée,
je me plongeai dans un sommeil profond.

 

 

Lolita

Ne me demandez pas pourquoi j’avais accepté le Pacte ce jour là. Pour tout vous avouer, moi-même je ne le savais pas. Peut-être que j’avais réellement cru qu’elle pourrait m’aider ? Peut-être avais-je pensé qu’elle n’était pas aussi odieuse que ça ? Je ne sais pas. Je ne sais plus…

Après mon entrevue avec Ashley, je ne cessais de me demander la raison pour laquelle j’avais accepté sa proposition. Tout cela était pourtant insensé. Pourquoi devrais-je collaborer avec cette chipie ? ! J’errais, ainsi, dans le loft; de ma chambre au salon puis du salon à l’entrée tout en attendant l’arrivée de ma mère. Je ne l’ai pas revue depuis trois mois… Elle devait se sentir seule, elle n’avait plus personne auprès d’elle. Elle avait perdu Papa, et maintenant moi.

« – Tu sembles bien absorbée par tes réflexions, dit Will en me tirant de  mes pensées.
– J’ai des questions à te poser. Pourquoi ma pire ennemie peut me voir ? L’interrogeai-je.
– Ah ! T’as déjà trouvé ton messager ? Elle te permettra de transmettre, comme son nom l’indique, les messages que tu as besoin de passer à tes proches, il m’expliqua.
– Et tous les esprits ont des « messagers » ?
– Non pas forcément. Mais apparemment tu en a une. Ça te permettra plus facilement d’accomplir ce qu’il te reste à faire sur Terre. Tu devrais en être heureuse, me dit-il avec un petit sourire aux lèvres.
– Je devrais pleurer, oui ! Rétorquai-je. Elle risque plus de me mettre des bâtons dans les roues qu’autre chose.
– Ah oui ?  Dit-il surpris. Je lui racontai alors notre compromis. Mais fais attention, tu ne dois jamais blesser quelqu’un ou en faire trop. Sinon tu risques d’être condamnée.
– C’est-à-dire ?
– Je ne peux t’en dire plus. C’est à toi de choisir la voie que tu vas prendre et les choix que tu vas faire.
– Mais tu es là pour m’aider, non ? Tentai-je.
–  Je suis là pour te renseigner et te guider mais, toi seule, peux prendre les décisions… »
Sur ces derniers mots, il disparut à nouveau sans crier gare, me laissant seule dans cette maison déserte. Ce n’est qu’à ce
moment que ma mère rentra. Elle semblait avoir vieilli de plusieurs années. Son teint pâle et les poches sous ses yeux ressortaient sur son visage démaquillé et me transperçaient le cœur. Ses cheveux longs d’un blond vénitien étaient à présent très courts. Elle semblait être fatiguée, non seulement par son travail mais également par la vie. Elle en était lasse. Un profond chagrin me prit. J’éclatai en sanglot à coté de la personne que j’aimais le plus au monde. Je compris alors que je comptais plus que tout au monde pour elle; j’étais une des ses raisons de vivre et non une personne oubliée. Je m’en apercevais malheureusement trop tard…

Je passai toute la nuit à élaborer une stratégie qui me permettrait de mettre Rosy, la nouvelle, « hors d’état de nuire ». En vain. Je décidai alors de faire la chose la plus simple, pour moi. La hanter. Ce qui devrait normalement être ma spécialité.

Ainsi, à l’aube, je me laissai transporter par le vent jusqu’à l’appartement de Rosy Smith, situé dans le centre
ville. Son appartement était assez grand, décoré de manière sobre et moderne. Sa chambre, recouverte de papier peint rose et de photos semblait refléter le tempérament chaleureux de cette jeune fille. Elle était brune et mesurait environ un mètre soixante. Son visage angélique était mis en valeur par ses yeux bleu océan. Elle avait l’air d’une petite poupée en porcelaine dans sa robe bleu ciel qui mettait très bien ses formes en valeur. Elle ne semblait pourtant pas être le genre de fille assez prétentieuse pour être la reine du lycée. A contre cœur, je lui jouai quelques petits tours pendant qu’elle se préparait et durant le trajet qui la menait au lycée. J’avais, par exemple, emmêlé à plusieurs reprises ses cheveux bouclés mais à chaque fois elle les démêlait avec patience. Elle semblait être impassible à tout.

En arrivant au lycée, elle se dirigea directement vers son casier, lequel situé à côté de celui de Michael, avait été jadis le mien. Je l’observais prendre ses livres tout en s’adressant à Michael.

« Salut, ça va ? » lui demanda-t-elle.
« Hm » répondit-il vaguement avant de se diriger vers la salle de cours avec elle.

Une pointe de jalousie monta en moi, lorsque je la visse diriger vers la place située à côté de lui. Je ne pus alors m’empêcher de la faire tomber. Ce qui fit rire tous ceux qui étaient déjà présents dans la salle. Michael l’aida alors à se relever et lui demanda si elle n’avait rien de cassé.
Les cours, aussi ennuyeux qu’avant, passèrent lentement. Je ne manquais pas une occasion de la faire trébucher et tomber. Je lui avais même fait perdre l’équilibre lors de la pause déjeuner. Elle avait d’ailleurs fini  par renverser tout son plat de spaghettis sur notre professeur de mathématique. Ces petits malheurs se poursuivirent également durant tout l’après midi ainsi que les jours suivants. J’essayais de convaincre à plusieurs reprises Ashley d’aller auprès de ma mère lui dire que je l’aimais plus que tout et que je souhaitais qu’elle vive heureuse, mais en vain. Je décidai alors de ne pas compter sur son aide.

Rosy qui semblait avoir les même cours que Michael à l’exception de l’heure qui précédait la pause déjeuner, se rapprocha de plus en plus de ce dernier. Et ma jalousie s’intensifiait d’autant plus. Je n’arrivais pas à croire qu’il avait pu me remplacer aussi rapidement ! Cette haine croissante me fit oublier mon objectif de départ. Je remarquai que mes « pouvoirs » s’étaient intensifiés depuis le premier jour ; je pouvais à présent faire voler un objet à travers une salle ou le faire bouger. Je n’hésitais plus à m’en servir contre ma rivale.

Les jours passaient et se ressemblaient. J’entrais dans une petite routine qui m’agaçait. Michael, qui semblait plus ouvert à présent envers sa nouvelle amie, recommença à parler et cessa de s’isoler.
« – Hey, lui lança Rosy en arrivant. Ça va ? Tu sembles être très fatigué.
-Salut, lui répondit-il. Oui, j’ai très mal dormi. J’ai encore fait un cauchemar…
-Toujours le même ?
-Oui. J’ai encore rêvé de Lolita. Dans mon rêve elle était furieuse. Elle pensait que je l’avais remplacée et oubliée…
Et ce n’est pas le cas ?! Fulminais-je.
– Ce n’est qu’un rêve. Ne t’inquiète pas je suis sure qu’elle est heureuse que tu aies enfin arrêté de te morfondre à cause de sa mort. Ça finirait par te ronger petit à petit. Elle veut que tu sois heureux.
Pff tout ce que tu veux, c’est me remplacer ! Tu crois que je ne sais pas ce qui se passe dans ta tête ?! Tempêtais-je. Je ne te laisserai pas faire !
Au fait, t’as prévu quelque chose pour vendredi soir ?
-Hm, non, rien pour l’instant.
– Ça te dit une soirée vidéo chez moi ? demanda-t-elle. Je pensais qu’on pourrait peut-être regarder Casablanca ensemble…On m’a dit qu’il était super bien. »
La fureur s’empara de moi. C’était NOTRE film ! On devait le finir ensemble ! Je ne le permettrai pas. La haine, qui s’emparait de moi, fit voler la fenêtre en éclats blessant
Rosy mais également Michael au passage…

 

Rosy

J’avais pris mon courage à deux mains et proposé à Michael de passer la soirée de vendredi
avec moi. Mais avant qu’il ait pu me donner une réponse, la fenêtre se brisa. Je ne comprenais pas ce qu’il s’était passé. Depuis près d’un mois maintenant, des évènements étranges ne cessaient de se produire et mes maladresses de se multiplier. J’avais l’impression d’être hantée.

Michael et moi étions transportés jusqu’à l’infirmerie afin de nous enlever les débris de verre qui s’étaient plantés dans notre peau.

« – Ça va ? S’inquiéta-t-il lorsque l’on se retrouva seuls, alors qu’il se trouvait dans le même état que moi. Tu vas survivre ?
– Oui, ne t’inquiète pas, j’ai la peau épaisse, rigolai-je. Et toi?
– Je ne risque pas de mourir aussi facilement moi, riposta-t-il. Il en faudrait plus pour me tuer. A propos de vendredi…tenta-t-il.

Il fut très vite interrompu par les tremblements inexplicables des meubles et des objets autours de nous. Puis un stylo se souleva tout seul et vola en ma direction. Paralysée de la tête au pied, je ne pus bouger. Michael me tira et me fit esquiver l’objet de justesse. Très vite d’autres stylos, crayons et ciseaux volèrent en ma direction. Je ne pus m’empêcher de pousser un cri strident. On se précipita alors vers la porte mais elle était bloquée. Je ne savais plus quoi faire. La peur s’emparait de moi. Je perdis mon sang froid et j’éclatai alors en sanglots, convaincue à présent que j’étais bel et bien hantée !
– Calme-toi, calme-toi Rosy, tenta Michael. On va s’en sortir. Je ne sais pas ce qui se passe là mais on va s’en sortir.

A peine eut-il fini sa phrase que la table de chevet près du lit vola vers moi. Pour me protéger, Michael
se mit devant moi et le reçut sur le dos et perdit connaissance. J’appelais alors en vain à l’aide tout en hoquetant et sanglotant.

 

Lolita

La colère m’avait surpassé. Je ne voulais surtout pas blesser Michael. La fureur qui m’avait poussé à blesser l’empereur de mon cœur semblait s’évanouir petit à petit. Une profonde tristesse la remplaça. Je me sentais coupable de ce qui s’était passé. Comment avais-je pu devenir aussi cruelle et méchante ? J’errais, fautive de l’épisode à l’infirmerie, sans savoir que faire.
« – J’ai appris pour ce que t’as fait tout à l’heure, me dit une voix détestable que je reconnus aussitôt. T’as fait tu bon boulot, j’aurais bien aimé voir sa tête, dit-elle avant de se lancer dans un rire sinistre.
– Ferme-la, je n’ai pas besoin de tes commentaires ! Tempêtais-je.
– Eh oh ! T’as mangé une bombe ou quoi ? s’écria-t-elle.
– Je ne suis pas d’humeur à te supporter, dégage !
– Pas la peine d’être aussi désagréable, je voulais juste te féliciter. Il me semble que tu n’as plus besoin de mon aide désormais pour qu’il t’oublie, dit-elle sur un ton sarcastique. Il t’a déjà oublié !
– J’ai dit DEGAGE. »

Ma rage fut tellement forte qu’elle fit vaciller tous les casiers environnants. Surprise par cette puissance, Ashley, morte
de peur, s’en alla aussitôt. Furieuse, je tapais sur le casier qui se trouvait près de moi. Il s’agissait du casier de Michael. Je découvris plusieurs photos de nous deux accrochées sur la porte. Et une dizaine de paquets de mes bonbons préférés. Je sus alors que je devais m’éloigner de mon passé et de Michael afin que sa vie puisse à nouveau suivre son cours. Mais je voulais le voir une dernière fois avant de partir…En arrivant à l’hôpital, je surpris Michael et Rosy au milieu d’une conversation.
« – Je me demande ce qu’il s’est passé tout à l’heure, dit Rosy. Tout ce que je sais, c’est qu’il y avait quelque chose de surnaturel…
– Oui, certainement, mais je ne sais pas quoi…répondit Michael. Peut-être que c’est finalement l’esprit de Lolita qui était en colère. Tu sais, c’était ma meilleure amie. Je ne pourrais jamais à l’oublier ni la remplacer.
Ces mots transpercèrent mon cœur et les larmes coulèrent sur mes joues.
– Je comprends et c’est normal, tu sais…
– Je l’aimais énormément, reprit Michael. Pas seulement en tant que meilleure amie mais beaucoup plus. Je fus amoureux d’elle dès que mon regard se posa sur elle. Je me rappelais qu’à ce moment là… »

Prise d’un sanglot, je ne les écoutais plus. Alors, je me rendis compte à quel point j’avais été idiote. J’avais été totalement aveuglé par la jalousie. Je voulus m’excuser mais personne ne m’entendit. Soudain, je me rendis compte que mon corps devenait de plus en plus transparent. J’étais en train de disparaître ! La chambre d’hôpital laissa place à une chambre blanche immaculée. Elle n’avait pas de meubles, rien du tout. Will apparut et me tendit un mouchoir brodé.

« – Merci, dis-je au milieu d’un sanglot.
– Il n’y a pas de quoi. Je suis fière de toi. Enfin on est fiers de toi. Tu as passé le test avec succès. Ils ont pris leur décision. Il est temps que tu partes…
– Quel test ? Partir où ? »
Il ne répondit pas. Il me fit un signe d’adieu et disparut aussi vite qu’il était apparu.

     Je me retrouvais à nouveau dans l’obscurité totale puis je perdis connaissance. Lorsque j’eus retrouvé mes esprits, ma tête me faisait encore une fois étrangement mal. Je tentais d’ouvrir mes yeux mais ils semblaient si lourds. Tout ce que je voulais, c’était replonger dans un sommeil profond… Quel bonheur…Un bruit désagréable parvint à mes oreilles. Etait-ce le bruit de mon réveil ? Non, c’était le bruit de la sonnette. Je tentais alors de soulever mes paupières. Lorsque
je réussis enfin à entrouvrir les yeux, je fus aveuglée par la lumière. Je m’habituais peu à peu. J’étais allongée à côté d’un grand sapin de Noël, près des escaliers. Hm bizarre le décor m’est familier, songeai-je. Mais je suis chez moi ! Comment ça se fait ? J’étais l’hôpital pourtant…Suis-je en vie ? Je me pinçai. Aïe !! Mais alors… La sonnette raisonna à nouveau. Interrompant mes pensées, je me levai avec beaucoup de peine et me dirigeai machinalement vers la porte pour l’ouvrir.
– Hey ! Je viens à ta rescousse, dit Michael avant un grand sourire.
Trop heureuse d’être à nouveau en vie et de le revoir, j’oubliais toutes mes questions. Je me jetai dans ses bras et l’embrassa…

Epilogue

Vendredi 23juin 2020

     Dix ans se sont écoulés depuis cet accident. Michael est désormais biochimiste dans un des
plus grands instituts de New York. Quant à moi, je fais des recherches pour mon troisième roman. Nous sommes mariés depuis bientôt trois ans et nous vivons heureux dans notre petit appartement, avec notre adorable fille, Diana. Et oui ! Ça n’a pas l’air comme ça mais je suis déjà maman. Vous vous demandez dans doute si j’avais rêvé ce jour-là ou si tout cela s’était réellement passé ? En réalité, moi-même je ne le sais pas. Peut-être que j’avais rêvé. Peut-être qu’ils m’ont donné une seconde chance. Mais j’ai appris une chose très importante :
aimer ne suffit pas, il faut aussi dire que l’on aime. C’est pourquoi j’aimerais que vous aussi, vous ayez le courage de prendre votre amour en main et de dire « je t’aime ». 

Jinmiao

« L’expression « mort naturelle » est charmante. Elle laisse suppos …

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4 réflexions sur “« La seconde vie » de Jinmiao :

  1. salut jin! j’ai beaucoup apprécié ta nouvelle.l’idée que lolita ait eu une seconde chance pour dire ce qu’elle ressentait à sa mère et à michael était très interessante. jaime beaucoup ce message
    que tu as fait passer…il est vrai qu’on ne dit jamais assez « je t’aime ».malgré quelques maladresses dans la rédaction,l’histoire était bien construite et l’on était rapidement entrainé dans le
    récit. bravoo!!! *.*

  2. Coucou! J’ai adoré ta nouvelle également ! Je l’ai lu avec passion même !

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