« Une histoire banale » de David

Que peut-on penser ?

Cette question demande réflexion. A vrai dire, on peut en trouver des questions lorsqu’on veut se changer les idées. Mais pour se changer les idées il faut penser.

Penser fait partie de nous et de ce qui nous entoure, cela nous encercle et nous pénètre.

Certes j’aime penser, me balader dans ce flot incessant de rhétorique, d’histoire et d’imagination. Il nous suffit juste d’un point de départ.

Le mien en ce jour fut la rue.

Qu’elle description pourrais-je vous donner ? Elles se ressemblent toutes.

Mais je pourrais vous donner son âme, sa nature pure.

Dans le vaste dédale de Paris, entre la place des Vosges, et l’ambassade de Suède, dans ce vaste quartier qu’est le
quatrième, se trouve une ruelle, celle où mon histoire commença.

C’était lors d’un mois d’octobre, l’automne arrivait à grands pas. Déjà les feuilles jaunissaient sur les arbres,  certains d’entre eux étaient déjà teintés d’une multitude de couleurs partant du rouge bordeaux et finissant dans un jaune orangé.

L’atmosphère était sèche, bien qu’il ne fît pas très chaud. Lorsque je tournais a l’angle de cette rue, je la vis dans toute sa longueur, bordée de chênes et d’hôtels particuliers dont les heureux propriétaires scrutaient les passants, l’air songeur, une tasse de thé à la main.

Elle s’étalait devant moi, m’invitant à la parcourir, à la sentir.

D’un pas ferme, j’y pénétrais, la  curiosité ayant eu raison de moi.

Le claquement de mes bottes de cuir résonna entre les immeubles, annonçant ma présence.

Le temps avait laissé ses marques dans cet espace.

Les fissures longeaient les murs, illustres témoignages du temps qui passe et des choses qui changent ou qui restent les mêmes. En tout cas, ma motivation de découvrir cette rue était restée la même. Alors que je m’engouffrais plus profondément dans ce témoignage laissé par nos aïeux, je remarquais qu’une personne
faisait la même chose à l’autre bout de la rue.

Cette silhouette était encore assez floue au loin, le vent me piquant les yeux, je ne m’y attardais pas. Pas après pas, j’observais ce havre de paix ou la circulation incessante des automobiles de la capitale avait cessée, tel un hommage à sa beauté.

A ma droite entre deux chênes, apparut une petite barrière, entrée d’un jardin public.

Ceci m’intrigua, car en effet je ne l’avais point remarquée dès le début, comme quoi ma rêverie incessante me jouait des
tours.

Le claquement de mes bottes s’arrêta, moment de répit pour les oisillons qui logeaient dans un des nombreux nids des arbres,
et dont les appels à leur mère partie chercher de la nourriture, parvenaient jusqu’aux oreilles des hommes et femmes confortablement assis sur les bancs publics du parc.

Il y avait là un vieil homme dont les rides se prolongeant le long de son visage, témoignaient de sa sagesse. A côté de lui,
était assise une jeune femme en train de fumer une cigarette, sans doute profitant d’une petite pause dans sa journée de travail. Habillée avec un tailleur noir et une jupette bleu foncée,
elle était très élégante.

Cette confrontation de deux époques de la vie assises ensemble sur un banc me fit sourire légèrement. En effet, c’était émouvant de voir le petit vieux raconter des histoires de sa vie antérieure à la jeune femme qui pensait à sa vie future.

Plus loin, étaient assis deux enfants avec leur mère. Ceux-ci regardaient avec grande attention les images d’un livre que leurs mères leur avait donné pour les distraire, pendant que celle-ci se consacrait à la lecture de son journal.

Deux bancs plus loin, un sans domicile dormait, allongé de tout son poids sur le maigre et dur lit que lui procurait le banc. Son sommeil était calme. Rêvait-il d’une vie meilleure ? Ces inconnus restèrent ce qu’ils étaient à mes yeux, et je ne cherchai donc point à le connaître davantage. Je m’assis sur le banc se
trouvant entre le mal fortunée et la mère de famille. Le banc faisait face à l’entrée et à la rue, ainsi on pouvait voir toute l’activité qui s’y déroulait : un homme d’affaire pressé, marchait rapidement, le téléphone à la main, un café dans l’autre.

Une jeune femme bien formée, la main droite refermant son manteau de fourrure sûr le bas de son visage, la gauche portant son sac a main, marchait d’un pas sur, ses hauts talons retentissants tel des coups de pioche dans toute la rue.

Deux hommes âgés assez enrobés, raillaient et plaisantaient à la terrasse d’un café-bistrot tout en sirotant
consciencieusement leurs pintes de bière.

Cette vision de la rue, était celle que l’on aimerait voir dans chaque rue. Mais de toute ma courte vie, les visions que j’eus là, furent les plus belles de toutes celles qu’il m’était donné de voir. La silhouette de tout à l’heure n’en était plus une, elle se modélisait sous les formes d’une jeune et belle fille, dont le charme envoûtait l’âme même de la rue, la faisait resplendir. Les oiseaux, à sa présence, parurent chanter de plus belle en son honneur. Le vieillard se retourna et sourit à sa vue. La jeune femme lui lança un regard jaloux, mais pas affirmé car elle devait bien le reconnaître, un tel charme ne put être que naturel et non illusoire.

Elle passa le portique d’entré du parc, le repoussant de sa main fragile.

Sa démarche était droite, ses talons lui donnaient de l’allure, prolongeant ses jambes qui paraissaient interminables. Jambes voilées sous de mince bas foncés, en nul point filés. La petite jupe violette qui les recouvrit était secouée amoureusement par la cadence de ses pas.

Son haut moulant noir épousant sa taille parfaite était tenu au chaud sous une petite veste noire entrouverte, laissant
apparaître un petit décolleté surmonté d’un pendentif en métal.

Mais je veux finir par le plus beau, son visage. Sa peau légèrement teintée, paraissait d’une douceur extrême. Quel homme aurait résisté à effleurer de ses doigts son beau visage, lui volant ainsi une caresse anodine, mais qui l’aurait, dans son être le plus profond ravi aux larmes. Ses yeux noisette, d’un marron profond se fondaient avec sa chevelure abondante qui lui retombait sur les épaules et qui virevoltait au vent. Ses lèvres furent la chose qui me causa le plus d’émotion, lorsque de leurs finesses, ils m’adressèrent un léger sourire.

D’ou sortait cette fille ? Je ne le sais point. Mais elle était bien en train de s’approcher de moi.

Elle s’arrêta un instant, scrutant le parc de ses yeux pleins de malice, observant le banc où j’étais assis. Mon cœur s’emballa.

Je saisis le courage qui me restait devant cette apparition de tendresse soudaine, lui adressant un sourire. Un sourire simple, naturel, franc, sans idée aucune, un sourire venant du cœur.

Le craquement infime des planches de bois du banc, me sortit de ma rêverie : elle était bien assise à côté de
moi.

Le parfum qu’elle dégageait me rendit heureux. C’était une odeur enivrante, indescriptible, se dégageant d’elle, de sa personne. Une bouffée de cette odeur faisait battre mon cœur à toute vitesse et me déboussolait.

Son regard se tourna vers moi, toujours avec le même sourire :

-Tu va bien ? dit-elle, son sourire me faisant fondre

-Euh…ééhhh…oui.

Elle éclata de rire, un de ces rires qui vous montre que la vie est belle. Je me régalais de son rire, il me donnait du bonheur.

Le reste de la conversation fut tout aussi bizarre, mes paroles n’ayant aucun sens, parlant pour parler, pour qu’elle n’oublie pas ma présence, parlant pour que ses yeux ne se détournent pas des miens, que ses lèvres continuent de sourire, que son odeur continue de m’envahir, que sa beauté m’illumine, que sa
voix me transporte, que son parfum m’entoure.

Je voulais être sien, je voulais qu’elle soit mienne.

Nous restâmes ainsi assis plusieurs heures, le temps nous rapprochant, et le rapprochement faisant passer le temps. Je commençais à être à l’aise avec elle, et je sentais qu’elle aussi.

J’en fus sûr au moment où nos longues discussions nous ayant fatigués, elle posa sa tête sur mon épaule, ses cheveux me chatouillant le bas du visage, son parfum me pénétrant de plus belle. Ma main, dans un automatisme incontrôlé passa autour d’elle, et l’enlaça fort.

Nous restâmes ainsi quelques moments, sa respiration me faisant vibrer, son cœur répondant au mien. Le monde n’existait plus. Il n’y avait que moi et elle, elle et moi. La rue avait joué sont rôle d’espace public, permettant aux gens de se rencontrer, comme elle l’avait déjà fait maintes et maintes fois le refaisant d’innombrables fois. Elle fut le témoin du rapprochement de deux êtres dont l’amour se manifeste sur le moment par un tendre baiser.

Lèvres contre lèvres, les yeux fermés, nous nous embrassâmes.

Je vis passer le vieillard devant moi, me lançant un sourire plein de tendresse, tel le souvenir d’un temps qui pour lui était depuis longtemps révolu.

La mère lâcha son journal, ferma le livre de ses enfants et les emmena  jouer avec elle sur l’herbe. La jeune femme qui était partie depuis longtemps repassa à ce moment dans le parc, un sac à la main, rentrant chez elle complètement apaisée et calme à notre vue.

Le sans domicile se réveilla, nous observa quelques instants, jeta sa bouteille de vin « bas de gamme » à la
poubelle et partit, s’écriant : « Monde me voici ! »

Nous continuâmes à nous embrasser et à nous chuchoter au creux de l’oreille quelques mots doux.

Il se faisait tard.

Je lui dis à l’oreille : Je me sens bien avec toi…

Elle me répondit qu’elle aussi.

Elle me prit par la main, souriante comme auparavant et m’entraîna dans d’autres recoins de cette ville secrète qu’est Paris.

Ce fut une rencontre comme tant d’autre, sans grande importance pour vous peut-être, mais d’une extrême importance pour moi. En effet la rencontre de deux âmes sœur n’est pas banale, elle se fait naturellement, et tendrement. Depuis, mon amour ne s’est toujours pas évanouit pour elle. Elle. Quel est son nom ? Quelle importance, je l’aime.

Depuis je retourne souvent avec elle dans ce parc, le sans domicile n’est plus là, la jeune femme a arrêtée de fumer et a sympathisé avec le vieil homme qui lui, raconte toujours ses histoires.

Quant à la mère, elle passe tout son temps avec ses enfants, à rire et à les amuser.

Et nous ? Nous nous asseyons toujours sur le même banc, elle se blottit dans mes bras, et nous profitons du moment présent.

La rue est toujours fissurée, les arbres sont toujours là, les propriétaires d’ hôtels boivent toujours leur thé, les blagues fusent toujours du bistrot, les oiseaux continuent de chanter, et mes bottes de cuir résonnent toujours.

Je me pose toujours des questions, mais désormais une seule pensée m’obsède tout le temps : Comment puis-je la rendre
plus heureuse ?

David

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4 réflexions sur “« Une histoire banale » de David

  1. bonsoir david! anissa m’avait dit que ta nouvelle me plairait et elle n’a pas eu tort.c’était bien écrit,et on sentait que tu l’avais écrite avec ton coeur(je sais ça fait un peu mièvre de dire ça
    mais bon…).certes,il y avait quelques petits soucis de syntaxe(des phrases trop chargées quelquefois,mais c’est mon avis.il en va différemment pour les autres bien évidemment) et une petite chose
    m’a dérangé, c’est que la description du jardin public était assez longue avant d’arriver a l’élément perturbateur qui était la venue de la « jeune et belle fille » :p toutefois je voudrais vraiment
    te féliciter d’avoir écrit là-dessus.quand je l’ai lu je me suis dit « tiens c’est bizarre un mec qui ne fait pas une nouvelle sur de la sf ou de l’horreur…mais sur une rencontre âme-soeur… » et
    du coup,(oui oui tout ce long paragraphe pour arriver à ça(j’adore parler…:p)) je voudrais te dire bravo car pour un garçon tu as très bien réussi à décrire les sentiments amoureux(il faut que
    j’oublie les préjugés… ;p). Respect…

  2. Ma bien chère Sarah, tout d’abord je te remercie 🙂
    Ensuite pour répondre à ta remarque sur les » phases déscriptives longues », sache qu’elles conviennent plus à mon style d’écriture, celui-ci se rapprochant le plus du mouvement réaliste. Je prefère
    attacher de l’importance à ce qu’il y a autour pour illustrer ce qu’il y à dedans.
    Pour ce qui ets de mon statut de garcon romantique, et ba oui je l’affirme et je le revendique ! :p

  3. alors oui pour les « phrases longues » c’est un point de vue je l’admets… et je t’avoue que je suis bien contente de trouver enfin un garçon « romantique » parce que j’avais vraiment fini par croire
    qu’ils n’existaient pas et pour une fois je suis contente de m’être trompée!! 🙂

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