« Web dreamer » d’Anne Mulpas



« Les autres. Mathis les connaît bien.

Les autres. Il faudrait pouvoir se balader en cage pour être sûr de ne rien risquer. Ni morsures ni microbes.

Les autres. Il faudrait porter une cape d’invisibilité pour échapper à leurs regards perçants.

Les autres. Oui. Il faudrait pouvoir se percer les tympans pour se protéger de leurs rires pointus. Il faudrait se crever les yeux pour ne plus voir leur fière allure.

Les autres. Les autres. Les autres.

Morbleu !

Il faudrait pouvoir ne pas y penser.

Il faudrait pouvoir se javelliser le cerveau.

Il faudrait. Conditionnel si imparfait.
(…)

Il ne peut plus parler à qui que ce soit, simplement.

Il voudrait ne plus entendre les « qui que ce soit ».

Ne plus exister.

(enfin si)

(mais sans les autres)

(mais on sait bien que ce n’est pas possible). »

Résumé de Lila :

Au commencement, il y avait Mathis.

Ou pour être exact, Mathis et ses problèmes de communication. Mathis qui peine à s’intégrer dans son lycée. Mathis dont ses « camarades » se moquent. Mathis qu’ils surnomment tous « Oui-Non ».

Et puis il y avait sa grande sœur Mona. Mona qui est la seule à comprendre Mathis. Mona qui est partie en
Angleterre sans l’accord de leurs parents. Mona qui veut changer le monde pour le rendre meilleur, plus facile à vivre, pour son petit Bicarbonate de frère, Mathis.

Mathis dont la seule existence aide Mona à digérer les coups durs de la vie, d’où ce surnom affectueux tout
trouvé de Bicarbonate. Mathis qui en veut à Mona de l’avoir abandonné, tout seul, face aux autres.

Ces autres si cruels dont les remarques blessent Mathis. Ces autres si intolérants envers Mathis parce qu’il
est différent d’eux.

Pourtant, s’ils prenaient la peine d’écouter vraiment Mathis ces autres, ils découvriraient des trésors
d’imagination et un cœur sensible qui ne demande qu’à être aimé et rassuré.

L’avis de Lila :

Entre ce roman et moi, ça a tout de suite été le coup de foudre. Anne Mulpas réussit à merveille à nous décrire
l’existence et les tourments qu’un adolescent renfermé sur lui-même éprouve au jour le jour. Son Mathis est criant de vérité, émouvant au point de donner envie au lecteur de le prendre dans ses
bras pour le réconforter.

Malheureusement, dans la deuxième partie du roman, ça se gâte.

En effet, l’auteure tente ensuite de transformer son récit en une sorte de fable philosophique, dont on ne
saisit ni la finalité ni le sens. Est-ce un rêve éveillé créé par l’imagination hors du commun de Mathis ? Une virée cybernétique aux allures de science-fiction ?

Le résultat est en tout cas indigeste : un semblant de quête initiatique donnant plus l’impression d’un
bad trip sous acide… Quel dommage pour un roman si prometteur !!

Confus et difficile à suivre, le récit des aventures de Mathis derrière l’écran en devient incompréhensible :
la profusion de codes HTML disséminés ça et là dans cette deuxième partie du roman de manière récurrente est non seulement inutile mais rend également l’histoire plus difficile d’accès aux
néophytes en informatique.

Les pages d’ « aide à la compréhension du lecteur » étaient ainsi une bonne idée de départ. Je les ai trouvé
pour ma part particulièrement malvenues. Sans grande utilité, elles m’ont de plus donné l’impression de renforcer la faiblesse de cette deuxième partie de l’ouvrage ; un peu à la manière de
certaines chutes de blagues incompréhensibles, dont l’explication loin d’apporter l’hilarité de l’auditoire, crée un malaise…

L’ouvrage se veut par ailleurs interactif. En effet, un blog réel a été créé pour l’occasion pour approfondir
certaines parties de l’histoire. Et le lecteur est constamment ramené à des liens de ce site pour continuer sa lecture.

L’idée en elle-même est ingénieuse mais peu pratique. En effet, quand on lit, on n’a pas les yeux scotchés sur
Internet en même temps. Du coup, ça frustre plus qu’autre chose car ce n’est pas agréable d’interrompre sa lecture.

J’ai également été déçu par la fin du roman. Sans ne rien dévoiler, je l’ai trouvé peu crédible : elle
semble bâclée avec une happy end à la « tout-est-bien-qui-finit-bien-dans-le-meilleur-des-mondes », ce qui ne la rend pas vraiment réaliste.

J’ai malgré tout beaucoup aimé ce livre : la plume d’Anne Mulpas est vraiment magnifique et sa manière de
se mettre dans la peau de son personnage est effectuée de mains de maître.

Dommage qu’elle n’ait pas décidé de davantage développer les problèmes personnels de Mathis au lycée et avec sa famille tout au long du roman au lieu de nous donner à lire une aventure improbable et sans queue ni tête !

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