La première fois…

Je suis allé à la maison de retraite. Je n’y étais jamais allé avant. Ma tutrice m’avait prévenu : « c’est dur au début ».
C’est dur, très dur même.
J’entre dans la maison de retraite par une porte d’entrée coulissante, mais il faut sonner avant qu’elle ne s’ouvre. Pour que les « résidents ne s’échappent pas » m’explique-t-on. « Résidents » c’est l’euphémisme pour dire « vieux ou vieilles » enfermés dans la mort et l’oubli de la maison de retraite. Une fois rentré, je me retrouve dans un hall. Quelques fauteuils, roulant, ou en bois, sur lesquels se trouvent des personnes âgées aux regards hagards et vides. Une musique mélancolique, ancienne s’élève d’une chaine hifi.
Je prends l’ascenseur pour arriver aux étages où se trouvent les résidents. La première chose qui me surprend c’est l’odeur. Un mélange de renfermé, d’urine et de transpiration tourmente mon odorat et provoque des hauts-le-cœur. Les couloirs de l’étage ressemblent à ceux des hôpitaux et le personnel à des infirmières, indifférentes, débordées de travail. Les personnes âgées sont dans les « salles de vie », recluses dans leur silence ou enfermées dans leur folie. Des cris ou des insultes sont parfois poussés par des créatures abruties par les médicaments.
Puis je vais avec ma tutrice dans les chambres des résidents. On nous regarde avec des yeux craintifs comme si nous allions leurs faire du mal. Certains sont tous seuls dans leurs chambres, où la télé reste allumée pour tromper l’ennui et l’isolement. D’autres partagent leurs chambres. Je m’étonne de voir à quel point la répartition est mal faite. Une dame en parfaite santé et assez pimpante (la seule que j’ai vue dans cet état !) est dans la même chambre qu’une autre dame toute frêle, agonisante sur son lit. Une autre, c’est celle qui m’a le plus marqué, est totalement lucide. Elle est dans la même chambre qu’une folle qui se déshabille, hurle et bave tout le temps.
Nous sortons des chambres. Ma tutrice me demande « ça va ? ». Je fais un signe positif de la tête. Mais, je sens mon cœur se comprimer à l’intérieur de ma poitrine.
Nous sortons de la maison de retraite. L’air froid et pollué de la rue me semble paradisiaque. Je respire enfin en tirant sur ma cigarette.
La prison pour vieux me parait si loin.
Je sais déjà que je hais ces antichambres du cimetière.

Nissim

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