The Lost City of Z 2016 Etats-Unis Réalisé par James Gray 2h20 avec Charlie Hunnam, Sienna Miller, Robert Pattinson

Entre action, épopée historique et biopic, une adaptation élégante du livre de David Grann signée James Gray😊

Inspiré par l’histoire vraie du colonel anglais Percy Fawcett qui, en 1906, quitta sa famille pour se lancer dans une série d’expéditions en Amazonie à la recherche d’une mystérieuse civilisation perdue, The Lost City of Z marque un profond dépaysement dans l’œuvre de Gray. Pour la première fois, le cinéaste délaisse son New York natal, et avec lui son imaginaire, ses rivalités de petits gangsters et ses intrigues familiales nouées dans la communauté juive du Lower East Side.

Au sommet de sa forme, James Gray réalise un film d’aventures historiques aussi raffiné qu’intelligent.
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Bob film !

« La question » de Henri Alleg

Soumis à des saisies et à la censure, devenu l’une des bêtes noires de la colonisation, le journal Alger Républicain est interdit en 1955, alors que l’insurrection éclate. Son directeur Henri Alleg entre dans la clandestinité, écrit des articles qu’il fait publier anonymement en France, notamment dans l’Humanité. Alleg est un militant communiste, décédé en 2013, né en 1921, installé en Algérie dès 1939, il sera d’abord journaliste à l’Alger Républicain, journal communiste, avant d’en devenir directeur. Ce journal, qui prend parti pour l’indépendance de l’Algérie, est interdit en 1955, Alleg verse dans la clandestinité, parvient à envoyer quelques articles à l’Humanité, est finalement arrêté le 12 juin 1957. C’est là que débute La Question.

Le livre sera écrit en prison, à Alger, transmis clandestinement aux avocats. Le drame est que tous les témoignages sont sujets à caution. Les militaires impliqués nieront, l’un d’eux, le lieutenant Erulin, connaîtra son jour de gloire, devenu colonel, en réussissant l’opération Kolwezi, au Zaïre de Mobutu (…et de Giscard), certains affirmeront qu’Alleg, bien loin d’avoir résisté, s’est allongé et a permis l’arrestation de nombreux communistes de l’Algérois. Le général Aussaresses, éminent spécialiste en la matière, confirmera les tortures sur Alleg, tout en disculpant les militaires cités.

La suite est banalement triste. Henri Alleg est condamné en 1960 à 10 ans de prison pour atteinte à la sûreté extérieure de l’état, reconstitution de ligue dissoute, il parvient à s’évader lors d’un séjour à l’hôpital, grâce à l’aide de militants communistes, dont Alfred Locussol (l’O.AS. l’assassinera), il gagne la Tchécoslovaquie, revient en France après les accords d’Evian, repart en Algérie, et doit quitter le pays après le coup d’état de Houari Boumediène, il avait misé sur Ben Bella.

La Question est et demeure, aujourd’hui une question pour nous tous. « 

« Loving » 2016 Réalisé par Jeff Nichols 2h3 avec Ruth Negga, Joel Edgerton, Will Dalton

Résumé : Mildred et Richard Loving s’aiment et décident de se marier. Rien de plus naturel – sauf qu’il est blanc et qu’elle est noire dans l’Amérique ségrégationniste de 1958. L’État de Virginie où les Loving ont décidé de s’installer les poursuit en justice : le couple est condamné à une peine de prison, avec suspension de la sentence à condition qu’il quitte l’État. Considérant qu’il s’agit d’une violation de leurs droits civiques, Richard et Mildred portent leur affaire devant les tribunaux. Ils iront jusqu’à la Cour Suprême qui, en 1967, casse la décision de la Virginie. Désormais, l’arrêt « Loving v. Virginia » symbolise le droit de s’aimer pour tous, sans aucune distinction d’origine. 

Le réalisateur américain bouleverse en retraçant la résistance d’un couple mixte à une loi raciste de l’Etat de Virginie.

Or cette histoire vraie est exemplaire, qui dit que, quand la loi n’est pas juste, la justice passe avant la loi. Formule ici moins insurrectionnelle que juridique : Mildred et Richard Loving, résidant dans l’Etat de Virginie, se marient en 1958 dans le district voisin de Columbia, et sont inculpés à leur retour …

La beauté d’une telle histoire a plusieurs directions possibles : l’une serait politique, qui concernerait le droit dans ses rapports avec la vie humaine et avec l’amour… A vous de le découvrir !


Difret 2014 Réalisé par Zeresenay Mehari 1h39 avec Meron Getnet, Tizita Hagere, Rahel Teshome

Un beau film éthiopien relatant la tentative de mariage forcé par enlèvement d’une jeune fille de 14 ans dans l’Éthiopie de 1996. Basée sur une histoire vraie, cette fiction courageuse met en scène deux magnifiques actrices.

A trois heures de route d’Addis Abeba, Hirut, 14 ans, est kidnappée sur le chemin de l’école : une tradition ancestrale veut que les hommes enlèvent celles qu’ils veulent épouser. Mais Hirut réussit à s’échapper en tuant son agresseur. Accusée de meurtre, elle est défendue par une jeune avocate, pionnière du droit des femmes en Ethiopie. Leur combat pour la justice commence, mais peut-on défier une des plus anciennes traditions ?

Fais de beaux rêves 2015 Réalisé par Marco Bellocchio 2h10 avec Valerio Mastandrea, Bérénice Bejo, Guido Caprino Drame

L’enfance, avec ses bonheurs et ses douleurs, son roman familial, sa lumière abyssale, dure toujours plus longtemps que la seule enfance chez Marco Bellocchio. Fais de beaux rêves, son nouveau film, déchirante élégie remontée des tréfonds juvéniles, poursuit le travail en profondeur opéré par cet immense cinéaste sur le territoire de l’inconscient, individuel et collectif. On se dépêchera, à ce propos, de prendre au vol l’intégrale que lui consacre jusqu’au 9 janvier 2017 la Cinémathèque française, bourrée de films rarissimes, ne serait-ce que pour vérifier à quel point cette œuvre, l’une des plus conséquentes et fascinantes du cinéma transalpin, est encore loin d’avoir la reconnaissance qu’elle mériterait

Pour l’heure, nous nous trouvons à Turin, à cheval entre 1967 et 1999. L’homme blessé qui tente de tenir en selle entre ces deux dates est le héros du film. Il se nomme Massimo, il est ombrageux, mélancolique, crispé sur une souffrance dont il ne connaît que partiellement la cause. En 1969, à 9 ans, Massimo vit heureux, essentiellement avec une mère dans le regard de laquelle loge pourtant une ombre qui se mêle à leur joie. Puis, une nuit, elle meurt. Brutalement, sans raison plus précise que celle que lui donne son entourage ou ce bon prêtre qui prétend, à l’ombre d’une crèche de Noël, devant l’enfant enragé, que sa mère est bienheureuse au paradis. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Marco Bellocchio, tout yeux, tout oreilles

Amour solaire

Le monde, pour Massimo, se retourne alors sur ses bases. L’enfant est confiné, écarté de la société des adultes, confié à une gouvernante plus sèche que la mort, qui se refuse à l’amour de l’enfant en offrant au film l’un de ses plans les plus atroces. Quant au père affligé, il regarde son fils comme le constant et inexorable rappel de l’absence de sa femme.

Dans les années 1990, l’adulte qu’est devenu Massimo vide à son tour l’appartement familial, après la mort de son père. Le film, en réalité, s’écrit depuis ce lieu nodal de la douleur, faisant remonter à la conscience du héros des bribes arrachées au passé. Souvenirs d’enfance. La télévision omniprésente. Amour solaire, danse effrénée avec la mère sur une chanson italienne des années 1960. Nuit du drame, sombre et fatale comme le masque de Belphégor qui entre alors dans les foyers. Match de football avec le père, rare moment de compagnonnage viril dans une relation qui vérifiera cet insoutenable constat qu’une souffrance commune peut séparer les êtres aussi facilement que les unir. Visite, ô combien sentie et cruelle elle aussi, à un camarade de classe, garçon pourri gâté qui insulte, sur fond de familiarité incestueuse, sa grande bourgeoise de mère. Enfant désolé, mal aimé, abandonné, Massimo se place in fine sous l’invocation de Belphégor, divinité cruelle et seule amie.

«Paula», biopic allemand de Christian Schwochow avec Carla Juri, Albrecht Abraham Schuch, Roxane Duran, Stanley Weber, Joel Basman… Durée : 2 h 3.

« Paula » s’invite sur grand écran. Dans ce film, le cinéaste Christian Schwochow repeint la vie de Paula Modersohn-Becker ; artiste oubliée par l’histoire. Elle s’appelait Paula Modersohn Becker (1876-1907), était allemande, mariée, à Brême, au peintre Otto Modersohn.

Une faim d’art jamais rassasiée

Entre son premier séjour fondateur à Paris en 1900 et sa mort, sept ans plus tard, la capitale française constitue son seul point d’ancrage artistique. Elle y séjourne quatre fois, abandonnant mari et famille pour de longues périodes, souvent tentée de ne pas rentrer. Elle suit des cours à l’Académie Julian, veut tout voir, les galeries, les musées, l’art moderne, Cézanne, Gauguin, les Nabis, l’art ancien au Louvre, où elle tombe en arrêt devant les portraits funéraires du Fayoum.
Elle rend visite à Rodin, présentée par Rainer Maria Rilke (1875-1926) qui est son secrétaire, et reste éberluée par les dessins de nu du sculpteur, d’une évidence écrasante. Elle rencontre Maurice Denis, Edouard Vuillard, le Douanier Rousseaudans son atelier du 14e arrondissement, à qui elle emprunte, en un malicieux clin d’œil, des rameaux naïvement découpés.
Paula Modersohn-Becker n’a pas trente ans et une « faim d’art  » jamais rassasiée, écrit-elle à sa sœur. Tout ce qu’elle emmagasine à Paris la nourrit en Allemagne. Toute l’énergie phénoménale déployée dans son atelier de Worpswede lui donne envie de retourner à Paris.