La Servante écarlate de Margaret Atwood

la servante écarlayeL’intrigue se déroule dans un futur très proche, où les Etats-Unis ont été renversés par une dictature religieuse, la « République de Gilead », à une époque où, pour des raisons environnementales floues, les humains ont vu leur fertilité s’effondrer. Les rares femmes encore capables de procréer, telle l’héroïne Offred, incarnée à l’écran par Elisabeth Moss, ont été transformées en esclaves sexuelles au service des dirigeants de Gilead, qui les violent au cours de cérémonies religieuses mensuelles.

La Servante écarlate est un roman dystopique sorti en 1985, qui a vu son impact décuplé par son adaptation à la télévision, sous la forme d’une série dont la diffusion a commencé en avril 2017 sur la plate-forme américaine Hulu.

Très vite, ce récit apocalyptique reléguant la gent féminine en objet s’est imposé pour les anti-Trump comme une parabole de la dérive conservatrice américaine et des agressions sexuelles subies par les femmes.

Si le hasard a fait que vous n’avez jamais entendu parler de ce roman – une vie de moine bouddhiste, sans aucun doute -, voici ce que raconte le roman devenu culte de Margaret Atwood

 

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Fais de beaux rêves 2015 Réalisé par Marco Bellocchio 2h10 avec Valerio Mastandrea, Bérénice Bejo, Guido Caprino Drame

L’enfance, avec ses bonheurs et ses douleurs, son roman familial, sa lumière abyssale, dure toujours plus longtemps que la seule enfance chez Marco Bellocchio. Fais de beaux rêves, son nouveau film, déchirante élégie remontée des tréfonds juvéniles, poursuit le travail en profondeur opéré par cet immense cinéaste sur le territoire de l’inconscient, individuel et collectif. On se dépêchera, à ce propos, de prendre au vol l’intégrale que lui consacre jusqu’au 9 janvier 2017 la Cinémathèque française, bourrée de films rarissimes, ne serait-ce que pour vérifier à quel point cette œuvre, l’une des plus conséquentes et fascinantes du cinéma transalpin, est encore loin d’avoir la reconnaissance qu’elle mériterait

Pour l’heure, nous nous trouvons à Turin, à cheval entre 1967 et 1999. L’homme blessé qui tente de tenir en selle entre ces deux dates est le héros du film. Il se nomme Massimo, il est ombrageux, mélancolique, crispé sur une souffrance dont il ne connaît que partiellement la cause. En 1969, à 9 ans, Massimo vit heureux, essentiellement avec une mère dans le regard de laquelle loge pourtant une ombre qui se mêle à leur joie. Puis, une nuit, elle meurt. Brutalement, sans raison plus précise que celle que lui donne son entourage ou ce bon prêtre qui prétend, à l’ombre d’une crèche de Noël, devant l’enfant enragé, que sa mère est bienheureuse au paradis. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Marco Bellocchio, tout yeux, tout oreilles

Amour solaire

Le monde, pour Massimo, se retourne alors sur ses bases. L’enfant est confiné, écarté de la société des adultes, confié à une gouvernante plus sèche que la mort, qui se refuse à l’amour de l’enfant en offrant au film l’un de ses plans les plus atroces. Quant au père affligé, il regarde son fils comme le constant et inexorable rappel de l’absence de sa femme.

Dans les années 1990, l’adulte qu’est devenu Massimo vide à son tour l’appartement familial, après la mort de son père. Le film, en réalité, s’écrit depuis ce lieu nodal de la douleur, faisant remonter à la conscience du héros des bribes arrachées au passé. Souvenirs d’enfance. La télévision omniprésente. Amour solaire, danse effrénée avec la mère sur une chanson italienne des années 1960. Nuit du drame, sombre et fatale comme le masque de Belphégor qui entre alors dans les foyers. Match de football avec le père, rare moment de compagnonnage viril dans une relation qui vérifiera cet insoutenable constat qu’une souffrance commune peut séparer les êtres aussi facilement que les unir. Visite, ô combien sentie et cruelle elle aussi, à un camarade de classe, garçon pourri gâté qui insulte, sur fond de familiarité incestueuse, sa grande bourgeoise de mère. Enfant désolé, mal aimé, abandonné, Massimo se place in fine sous l’invocation de Belphégor, divinité cruelle et seule amie.

« Tonnerre » – 2013 Réalisé par Guillaume Brac 1h42 avec Vincent Macaigne, Solène Rigot, Bernard Menez

C’est tout simple et incroyablement touchant. A quoi ça tient ? A cette drôle d’alchimie sentimentale dont Guillaume Brac a le secret : de la sensibilité et une ­dérision légère, qui transforment la chronique en conte poétique, jamais mièvre — le film ­intègre même une violence proche du fait divers. Il se dit des choses dures, trop longtemps inavouées. Par exemple entre Maxime et son père, sacré zigomar, cycliste, récitant du Musset, collectionnant les femmes. L’histoire de ce lien entre le père et le fils, entre distance et complicité, fait aussi le prix du film. L’affection entre les êtres y est toujours forte, qu’elle soit protection feutrée ou brûlure. Comme la neige.

« Paris » – France (2013) 1 saison / 6 épisodes – Réalisateur : Gilles Bannier Avec : Eric Caravaca , Florence Pernel

« Paris » en un subtil chassé-croisé

Les douze personnages de cette série chorale écrite par Virginie Brac nous emportent dans la vie réelle aux quatre coins de la capitale.

Et c’est une transsexuelle, Alexis devenu Alexia, à qui revient le rôle de créer, involontairement, le lien, plus ou moins étroit, entre tous ces personnages. Alexia, que l’on découvre dès les premières images de l’épisode 1, chantant au Sunset, à Pigalle, et qu’interprète avec beaucoup de simplicité et de naturel Sarah-Jane Sauvegrain, déjà vue dans une autre série d’Arte, « Ainsi soient-ils ».

Le cynisme du monde politique

Certes, la mécanique des chassés-croisés sur laquelle repose « Paris » ne permet pas de dessiner un portrait psychologique en profondeur de chacun des protagonistes. Elle ne nuit pas, en revanche, à la description très réaliste du Paris d’aujourd’hui et du cynisme dont sait faire preuve le monde politique.

 

Notons cependant que l’artiste transgenre, le rôle central de la série, est de façon surprenante interprété par une femme, par ailleurs très jolie, alors même que son personnage, Alexis, est toujours un homme, sous traitement hormonal depuis trois ans et en attente de l’opération – ce que cette fiction ose dévoileravec tact.

«Paula», biopic allemand de Christian Schwochow avec Carla Juri, Albrecht Abraham Schuch, Roxane Duran, Stanley Weber, Joel Basman… Durée : 2 h 3.

« Paula » s’invite sur grand écran. Dans ce film, le cinéaste Christian Schwochow repeint la vie de Paula Modersohn-Becker ; artiste oubliée par l’histoire. Elle s’appelait Paula Modersohn Becker (1876-1907), était allemande, mariée, à Brême, au peintre Otto Modersohn.

Une faim d’art jamais rassasiée

Entre son premier séjour fondateur à Paris en 1900 et sa mort, sept ans plus tard, la capitale française constitue son seul point d’ancrage artistique. Elle y séjourne quatre fois, abandonnant mari et famille pour de longues périodes, souvent tentée de ne pas rentrer. Elle suit des cours à l’Académie Julian, veut tout voir, les galeries, les musées, l’art moderne, Cézanne, Gauguin, les Nabis, l’art ancien au Louvre, où elle tombe en arrêt devant les portraits funéraires du Fayoum.
Elle rend visite à Rodin, présentée par Rainer Maria Rilke (1875-1926) qui est son secrétaire, et reste éberluée par les dessins de nu du sculpteur, d’une évidence écrasante. Elle rencontre Maurice Denis, Edouard Vuillard, le Douanier Rousseaudans son atelier du 14e arrondissement, à qui elle emprunte, en un malicieux clin d’œil, des rameaux naïvement découpés.
Paula Modersohn-Becker n’a pas trente ans et une « faim d’art  » jamais rassasiée, écrit-elle à sa sœur. Tout ce qu’elle emmagasine à Paris la nourrit en Allemagne. Toute l’énergie phénoménale déployée dans son atelier de Worpswede lui donne envie de retourner à Paris.